Robert ne fit rien de remarquable, si ce n’est de se faire excommunier, pour avoir épousé Berthe, sa cousine au quatrième degré, sans demander une dispense au pape Grégoire V.
Robert voulut s’entêter ; mais les anathèmes à piston de cette époque avaient tant de force, qu’il fut obligé de céder, et de renvoyer Berthe, qui était une charmante petite femme, travailleuse et propre, pour prendre une certaine Constance Benoiton, princesse grinchue, coquette et acariâtre, qui sortait continuellement de chez elle et de son caractère.
Ce qui fit dire aux voyous du temps :
- Notre monarque a vraiment trop de constance !
Pour que nos lecteurs puissent se faire une idée de la gravité de l’excommunication, à laquelle s’était exposé Robert, nous donnons la teneur d’une loi, publiée par Pépin sur ce sujet, en 755:
« Un excommunié ne doit entrer ni à la Bourse, ni dans un café-concert, ni même dans un restaurant à trente-deux sous ou tout autre établissement philanthropique à quinze centimes.
Seul, l’Odéon lui reste ouvert.
Il ne doit boire ni manger en compagnie d’aucun chrétien, ni même tout seul.
L’intérieur des omnibus lui est interdit ; l’impériale aussi.
Sa femme doit quitter le domicile conjugal, sans laisser son adresse, ni d’argent dans les tiroirs, et lui envoyer régulièrement un enfant tous les ans.
Tous les locataires de la maison qu’il habite doivent avoir une clef de son appartement, pour pouvoir venir déposer leurs punaises dans sa paillasse.
Dans les bureaux de tabac, il n’a droit qu’à des cigares de rebut, déposés dans le fond d’un baquet, tenu constamment plein d’eau de vaisselle.
Tous les citoyens peuvent l’obliger à se servir de leur cure-dent.
Enfin, un abonnement au Constitutionnel à vie lui est servi d’office. »
Ainsi qu’on le voit, il n’y avait pas à plaisanter avec ce règlement, et l’on conçoit que robert ait finit par se soumettre.
Robert est représenté comme la crème des hommes, quoique Constance, son épouse, ne le trouvât que laid.
Constance portait tellement la culotte, que chaque fois que ce monarque faisait une bonne action, soit en donnant un bureau de tabac à la veuve d’un zouave, soit en abandonnant un de ses vieux pantalons à son concierge, il disait, en fermant un œil, et en mettant un doigt sur ses lèvres :
Surtout !... ne le dites pas à ma femme !... je recevrais mon prêt.
Ce roi, recommandable aux yeux de l’histoire pas ses souffrances matrimoniales, n’était pourtant pas dépourvu d’une certaine dose de jugeotte et de finesse…
Exemple :
Lorsque des plaideurs devaient prêter serment sur des châsses contenant des reliques, suivant l’usage du temps, il avait soin de retirer préalablement les reliques, et faisait jurer tout simplement sur des boites vides.
-De cette façon, disait-il, il n’y a pas de faux serments à craindre.
De nos jours, les reliques étant rares, on remplace ce subterfuge par cette formule :
-Je le jure sur l’honneur… de mon pédicure.
Robert, à l’exemple de Charlemagne, encouragea les lettres, et institua des récompenses pour les meilleures œuvres littéraires.
Il était fort pieux, et, dans les offices, il prenait part aux chants, non à voix basse, comme Charlemagne, mais tout haut.
Il était souvent à côté du ton, mais toujours de bonne foi.
Il y a des artistes, même au Grand-Opéra, qui ont la même excuse.
Il mourut à soixante ans, laissant inachevée une blanquette de veau, qu’il avait commencée le matin par l’ordre de sa femme Constance, et trois fils, Henri, Robert et Eudes.