A la mort de Louis X le Hutin, le trône revenait de droit à son enfant. Mais comme cet enfant devait venir au monde que quatre mois et demi après, on jugea qu'il n'avait peut-être pas encore acquis assez d'expérience pour gouverner. Pendant qu'on était en train de délibèrer pour savoir qui l'on coifferait de la couronne dorée, Philippe V le Long, frère de Louis X, s'avança, et la mit sur sa tête, en disant:
Elle me va... je la garde!
Quelques pairs et barons firent bien un peu la grimace, mais Philippe V les regarda en face et leur dit d'un ton résolu:
Qu'est-ce que c'est ?
Cette contenance lui réussit.
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D'ailleurs il est à remarquer, et c'est en écossant l'histoire qu'on peut s'en rendre compte, il est à remarquer, disons-nous, que le meilleur moyen d'avoir quelque chose, c'est de le prendre. Et, à cette époque-là principalement, c'était surtout en fait de couronne que la possession valait titre.
Par son ordonnance du 12 mars 1317, Philippe le Long organisa la garde nationale. Seulement... Sous prétexte que de pauvres gens mettaient leur baïonnette au Mont-de-Piété, quand ils n'avaient rien à se fourrer dans le fusil (style du temps: manger), on enjoignit à la garde citoyenne de déposer ses armes entre les mains du secrétaire de la mairie, qui était chargé des les rendre aux gardes nationaux, le jour où l'on avait besoin d'eux. Philippe le Long pensait à tout. Si le macadam eût été inventé, il eût fait dépaver Paris, dans l'intérêt des chevaux d'omnibus.
Pendant ce règne, le hanneton des Croisades parut un instant vouloir de nouveau compter ses écus. Sous prétextes de s'organiser en armées, des tas de traînards parcoururent la France et pillèrent les provinces sur leur passage. Comme c'est gentil de bousculer tous les meubles de chez soi pour aller ramasser une chaise qui est tombée chez le voisin!...
Ajoutons que quand ils avaient fait les quatre cents coups, tout remué, tout saccagé sur leur route, les trois quarts de ces croisés d'occasion oubliaient volontiers de s'embarquer pour la Palestine.
Une des plus pages du règne de Philippe le Long fut de faire massacrer tous les juifs et les lépreux du royaume, en donnant pour raison qu'ils avaient tenté d'empoisonner les fontaines publiques publiques avec des vieux numéros du Gaulois.
Ce fait, qui rappelle assez bien la fable du bon La Fontaine, le Loup et l'Agneau, fut néanmoins expliqué par cette circonstance, que le roi encaissa 150000 livres, en faisant vendre à l'Hôtel des commissaires-priseurs la garde-robe des juifs qu'il avait fait occire.
Ce prince mourut de chagrin d'avoir reçu de son épicier une pièces de 2 francs fausse, le 3 janvier 1332.
Il chercha à prolonger ses jours en appelant à son secours les médecins et la puissance des reliques. Les reliques ne lui firent aucun mal, mais il ne put résister aux médecins. Pour conjurer la mort, Philippe V essaya aussi d'un moyen qui dut lui faire saigner le coeur. Repentant d'avoir soumis son peuple à de lourds impôts, il ordonna d'en suspendre la perception. Il disait, à cette occasion, à son premier ministre:
Mon pauvre peuple!.. Mon cher peuple!... ne l'accablons pas... Quand je serai guéri, nous ajouterons des centimes additionnels...
Philippe V aimait les lettres... Surtout les lettres chargées. Lui-même faisait des vers et les faisait à rimes riches, parce qu'il n'y avait rien à débourser. Enfin ce monarque avare fut surnommé le Long très probablement parce qu'il passait pour n'être pas large.