Les Capétiens - Philippe IV le Bel



Philippe IV, qui a été surnommé le Bel, peut-être à cause de sa ressemblance physique avec l’acteur du Châtelet qui porta ce nom, avait dix-sept ans lorsqu’il succéda à son père.

En jetant préalablement un coup d’œil à vol d’oiseau sur l’ensemble du règne de ce monarque, on est frappé des heureuses dispositions qu’il possédait pour les finances. Faire entrer de l’argent dans les coffres de l’Etat était pour ce roi banquier aussi facile qu’il serait aisé à mademoiselle Fargueil d’entrer dans le corset de Suzanne Lagier.

Il fit une étude spéciale de l’impôt, et on lui doit plusieurs ouvrages sur la chantageomanie et l’extraction des capitaux.

Nous aurons l’occasion d’examiner plus loin quelques-uns de ses petits…systèmes financiers.

Sauf qu’il ne lisait pas l’Univers, Philippe IV avait à peu près tous les vices. Il était irritable, cruel, vindicatif, despote, orgueilleux et insatiable de choucroute. Cependant, à l’exemple de Louis IX, son aïeul, il turlupina sensiblement le clergé, et mit bon nombre de bâtons dans les roues de la tyrannie religieuse qui ne demandait, à cette époque, qu’à envahir la France, et à absorber, au moyen de legs ou de donations, les terres du royaume.

Il pensa avec quelque raison, suivant Michelet, que la possession de 85913 hectares de terrains n’est pas indispensable à un curé de campagne pour dire la messe.

Mais abordons le côté saillant du règne de Philippe IV. Le 1er mai 1291, Philippe, qui se trouvait un peu gêné, parce qu’il avait renouvelé son mobilier la veille, se gratta le front, en se disant :

-Plus le sou !... Où diable pourrais-je bien prendre de l’argent. Puis comme il n’était pas embarrassé pour si peu, il se répondit bien vite, en frappant de la main sur sa cuisse :

-Parbleu !... où il y en a…

Le valet de philippe le Bel en quête d'argent fraisEt il sonna son valet de chambre auquel il donna quelques ordres.

Le domestique sortit en clignant de l’œil. Il avait compris. Deux heures après, au moyen du télégraphe électrique tous les banquiers italiens établis en France, étaient fourrés à Mazas.

Là, Philippe leur dit tout bonnement :

-Braves gens !... si vous ne me donnez pas immédiatement de l’os, on va vous briser ceux des pieds et des jambes à coup de merlin. Les banquiers payèrent. Il est triste de penser que, de nos jours, lorsqu’on a besoin de trente-cinq francs pour payer son terme, on est obligé de se livrer à des efforts d’imagination inouïs pour arriver à se les procurer, une fois sur douze, quand on voit Philippe IV remplir en vingt-quatre heures ses coffres-forts par un procédé si simple.



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Philippe le Bel se réveille devant des caisses videsDécidément nous dégénérons. Et pourtant Philippe n’en était qu’à l’enfance de l’art. Un beau matin, un mardi, il va pour prendre de l’argent dans son coffre, afin de payer son bottier. Plus rien !... Que 4 francs 30 en cachets de bains de la Samaritaine !...

Que faire ? Il lance un édit, par lequel, il est ordonné à tous les habitants du royaume d’apporter à la Monnaie leur vaisselle d’argent, leurs ronds de serviettes et leurs tabatières, pour y échanger cette argenterie contre espèces sonnantes.

Les citoyens arrivent avec leurs bibelots…

génération spontanée de monnaie sous philippe le belAlors le directeur de la Monnaie mit dans une grande cuve l’argenterie de tous ces braves gens, et plaça le tout sur un feu ardent.

Quand le métal fut en fusion, Philippe le Bel, qui se tenait dans une pièce à côté, arriva chargé d’une immense hotte, dans laquelle se trouvaient sept ou hui mille kilogrammes de rognures de cuivre, achetées à un fabricant de queues de boutons, ainsi qu’à plusieurs ferrailleurs du faubourg Saint-Antoine, à raison de quinze sous la livre.

Il vida sa hotte dans la cuve à l’argenterie, et lorsque le tout fut mélangé, il en fit des lingots, avec lesquels le directeur de la Monnaie frappa des pièces de dix, vingt, quarante et cent sous !

Au moyen de ce bouillon coupé, on remboursa aux citoyens le prix de leur vaisselle,… poids pour poids. A la fin de chaque journée, il restait à Philippe le Bel environ six mille francs de bénéfice sur la façon. Alors, il disait au directeur de la Monnaie :

-Mon vieux !... Nous allons partager le boni : voilà quarante-cinq sous pour toi ; je garde le reste.

La mèche fut éventée par un des sujets de Philippe, qui, ayant voulu évider une pièce de cinq francs, afin de la remplir de plomb, trouva dans cette pièce un des petits jetons d’étain qu’on attachait alors aux bouchons des flacons de vinaigre de Bully, et qui ne s’était pas fondu dans la cuve de la Monnaie. Dès la découverte du subterfuge, la valeur des monnaies baissa de moitié ; mais Philippe le Bel se garda bien de rembourser la différence. Il se contenta de dire, en se grattant le front :

-Pincé !...Il faudra trouver autre chose.

disette sous Philippe le Bel, le peuple a faim c'est la dècheSous le règne de Philippe IV arriva une disette. L’Etat de dèche chronique, dans lequel ce monarque, troué dans le fond, se plaisait à entretenir la nation, rendit cette disette plus épouvantable encore. La colère et les boyaux du peuple commencèrent à gronder. Une nuit en songe, le roi entendit une vois menaçante lui crier:

-Prends garde, Philippe !... la faim des peuples annonce souvent celle des rois.

Philippe en se réveillant se dit :

Philippe le Bel qui songe que la faim des peuples annonce souvent celle des rois

-Ce calembour et ce conseil sont également bons : avisons !...

Et, comme il faut toujours prendre par la douceur les gens qui n’ont pas mangé depuis quinze jours, il fit doubler les postes (pas les postes aux lettres), et défendit les rassemblements de plus de cinq personnes.

Ce n’était peut-être pas excessivement commode pour les familles de neuf membres, qui voulaient aller se promener le dimanche aux buttes Chaumont… Mais s’il fallait que les gouvernements s’arrêtassent à de si minimes détails, ils auraient un mal terrible à se conserver.

Philippe, toujours pressé par le besoin d’argent, eut recours plusieurs fois à l’altération des monnaies. Le peuple se fâcha. On altérait sa braise ; il le fut de vengeance. Nous ne voulons pas clore de règne sans dire un mot d’une mesure qui en fut le plus bel ornement. Nous voulons parler de la loi somptuaire.

La loi, ou plutôt l’ordonnance somptuaire réglait, jusques dans leurs moindres détails, les catégories de luxe, appliquées à chaque classe de la société. Ce règlement concernait spécialement le beau sexe qui, à cette époque, n’avait pas encore eu le bonheur d’être corrigé de ses travers mondains par la famille Benoiton de Victorien Sardou. Depuis la Famille Benoiton, oh !...depuis la famille Benoiton, c’est bien différent… ça va tout seul… Les femmes n’emploient plus que quatre-vingt-neuf mètres d’étoffe pour une robe, et ont juré que la grandeur des boutons de leurs paletots ne dépasserait pas la dimension d’un plat à légumes.

1500 livres et volumes d'encyclopédie sur la têteOr, Philippe le Bel voulut, lui aussi, mettre un frein à la fureur des flots…de dentelles et de huit-ressorts qui prenaient des proportions inquiétantes.

Il rendit donc son ordonnance somptuaire. Pour en avoir une copie, nous avons renversé une pile de 1500 volumes sur le dos d’un employé de la Bibliothèque, lequel employé, du reste, nous agaçait depuis très longtemps avec sa manière de nous répondre du nez, chaque fois que nous lui demandions un livre. Bref, nous nous sommes procuré cette ordonnance ; c’était l’essentiel. En voici un fragment :



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Loi Somptuaire

An 1300 de l'ère chrétienne ou 563 ans avant la création du petit journal

Article Ier - Les épouses de terrassiers, zingueurs, employés à 900 francs, boueux, cordonniers en vieux, et autres professions libérales, ne devront avoir ni calèche, ni groom, ni chasseur à plumes, ni maître d'hôtel.

Article II - Les femmes qui n'ont pas le moyen d'acheter des vêtements, devront être couvertes d'habits et de robes suffisamment montantes... et descendantes.

Celles, au contraire, à qui leur position de fortune permet de se procurer tous les vêtements dont elles ont besoin, auront le droit de se décolleter...

Article III - Le maquillage est absolument interdit aux chiffonnières.

Les bourgeoises ne peuvent pas se faire poser des dents dont le prix est supérieur à 3 livres la pièceArticle IV - les bourgeoises, dont les revenus n'excèdent pas quinze cents livres, ne devront en aucun cas, sans autorisation spéciale: porter pour plus de 75 francs de faux cheveux; Se faire poser des dents dont le prix sera supérieur à 3 livres la pièce; Mettre des jupons blancs plus de deux fois par an; Porter des bottines dont les talons excéderaient 1é centimètres de hauteur.

Article V - Les femmes de commerçants ne devront aller au théâtre qu'une fois tous les cinq ans.

Néanmoins, le mari aura droit, en tout temps, d'infliger une tragédie à sa moitié, lorsqu'elle aura renversé la poivrière dans la crème à la vanille.

Philippe le Bel qui coupe une pièce en deux Philippe IV, entre autres gentillesses, fit brûler quelques douzaines de chevalier de l'ordre des Templiers, dont la puissance lui portait ombrage, et dont les immenses trésors surtout lui donnaient dans l'oeil. Ce roi mourut à quarante-six ans, les uns disent d'une maladie de langueur, les autres tués à la chasse par un sanglier. Tout porte à croire que ces opinions sont également erronées. Ce monarque, qui avait la manie de l'altération des monnaies, a dû mourir d'une blessure qu'il se sera faite au pouce avec un instrument tranchant, en essayant de fendre une pièce de six liards par les bords, pour s'en faire deux.

Suite: Louis X le Hutin