Philippe III, qui a été surnommé le hardi, un peu à cause de la valeur qu’il déploya au siège de Tunis, et beaucoup parce qu’il mettait sa couronne sur l’oreille, régna quinze années, qu’il employa uniformément à ne rien faire de remarquable.
Il entreprit plusieurs expéditions en Espagne, et n’en tira qu’un bénéfice très restreint… à part les fièvres qu’elles procurèrent à ses soldats.
En Sicile, il ne fut guère plus heureux.
Peu satisfaits des procédés des Français, qui, dit-on, en prenaient un peu à leur aise dans les maisons bourgeoises pour lesquelles on leur donnait des billets de logement, les Siciliens s’entendirent un dimanche, à l’effet d’en égorger le plus possible.
Ce massacre est connu sous le nom de Vêpres Siciliennes, parce que les Siciliens avaient désigné l’heure de cette cérémonie comme signal de la tuerie.
Les conjurés furent exacts comme un fournisseur qui vient toucher sa facture, et, après les vêpres, toutes les vengeances étaient accomplies.
Nous prions ceux de nos lecteurs qui verraient lire notre histoire par un abonné du Pays, d’appeler son attention sur ce mot et de lui expliquer.
Philippe, qu’on a surnommé le Hardi, le fut assez pour introduire une réforme dans le système nobiliaire de son époque. Il créa les lettres d’anoblissement, et donna la première à un simple fabricant de couverts en ruolz, nommé Raoul, pour avoir fait une soudure perdue à sa couronne, qu’il avait ébréchée en s’en servant pour casser du sucre. Jusqu’à ce moment, la noblesse n’avait été attachée qu’à la naissance ; aussi, tous les marquis de Carabas de l’époque avalèrent-ils leur tabatière, dans un mouvement de rage, en apprenant cette nouvelle mesure.
-Comment !... s’écrièrent-ils, faire ducs, comtes ou barons, des manants qui sont nés de quincailliers, d’ébénistes ou de rétameurs !... C’est une infamie !...
Philippe leur répondit avec grandeur :
-Vieilles perruques !... je pourrais vous coller, en vous répétant ce vers célèbre :
Qui sert bien son pays n’a pas besoin d’aïeux !
Mais comme ce vers ne doit être fait que dans cinq cents ans, je ne veux pas le déflorer par une citation anticipée… Je vous dirai donc seulement :
-Lequel d’entre vous peut répondre qu’en remontant jusqu’au déluge, il ne trouverait pas dans la liste de ses ancêtres un ouvreur de portières… ou un marchand de vin ?
Les nobles empaillés, épatés par cet argument, fourrèrent en silence, dans la poche de leurs pantalons à pont, leurs blasons vermoulus, et se retirèrent dans le faubourg Saint-Germain, bien décidés à ne jamais inviter à leurs jeudis et à leurs parties de loto les membres de la nouvelle noblesse.
A part cette mesure, Philippe III, ainsi que nous l’avons déjà dit, n’eut qu’un règne très incolore, ce ne furent pas les occasions qui lui manquèrent, mais simplement le talent.
En revenant de l’Aragon, où il avait encore eu la funeste inspiration de mener une armée, il mourut d’une fièvre maligne. Ce fut tout ce qu’il y eut de malin dans son règne.