Les Capétiens - Philippe Ier

Philippe, fils d’Henri Ier, monta sur le trône à l’âge de huit ans.

C’était un peu vieux pour têter, mais peut-être un peu jeune pour présider le conseil des ministres.

baudoin le régent qui se charge de l'éducation d'Henri Ier premier 1062Baudouin V, régent, se chargea de l’éducation du prince, et de se moucher trop souvent sur la manche de sa jaquette.

Sous beaucoup de rapports, la nature avait favorisé Philippe Ier. Il était grand, adroit, intelligent et brave.

Mais, par malheur, il avait ce qu’on appelle dans le monde un poil dans la main.

C’est là un grand défaut pour un monarque.

Ainsi, par exemple, il arrivait quelquefois ceci :

Un matin, au moment où l’on allait guillotiner un malheureux quelconque, son ministre venait lui soumettre un recours en grâce, et le roi répondait en s’étirant :

recours en grâce d'un condamné à mort par la guillotine roi philippe ierJe suis fatigué… exécutez ; nous verrons demain.

C’est sous le règne de Philippe Ier que les Normands, aidés des Français, s’emparèrent de l’Angleterre, sous les ordres de Guillaume le Conquérant.

On a beaucoup reproché à Philippe, ou plutôt au régent Baudouin, qui tournait la broche du pouvoir à cette époque, d’avoir prêté l’appui de nos armes aux Normands, qui étaient déjà pour nous des mitoyens excessivement gêneurs…

Quand Baudouin fut mort, Philippe s’aperçut bien de la boulette, mais c’était fait.

Il chercha néanmoins, autant que les circonstances le lui permirent, à semer quelques cheveux sur la félicité des Anglais.

Plus...

Wikipédia

Forum Passion-Histoire

Philippe Ier avait une manière à lui de comprendre le mariage.

Il épousa la princesse Berthe, avec laquelle il vécut en parfaite intelligence pendant huit ans, quoiqu’elle ne lui eût donné aucun rejeton.

les deux enfants de philippe premier ier et de bertheTout à coup, Berthe, en deux années, fit cadeau à son époux de deux superbes poupons.

Si Philippe fut content, l’histoire ne le dit pas ; mais, à coup sûr, il ne le fit pas voir.

Il répudia net sa femme, et se fit annoncer à marier dans les Petites-Affiches.

Une pareille conduite est tout à fait inexplicable.

On a vu des gens abandonner un champ dont le sol était ingrat et stérile, mais le contraire dépasse toutes les combinaisons…

les princesses passées au plumeau par leur père pour être présentées au roi de franceAussitôt qu’on sut, en Europe, que le roi de France était garçon, chaque papa couronné donna un coup de plumeau à sa fille.

Roger, comte de Sicile, qui était très riche, envoya à Philippe la photographie de la sienne.

Philippe la trouva fort à son goût, et télégraphia à Roger :

« Bon vieux,

« Fille à toi suffisamment de chien dans l’œil ; envoie-la avec trésors annoncés pour dot. »

« Philippe »

arrivée de la princesse sicilienne avec sa dot et éjection par philippe premierHuit jours après, la Sicilienne et les trésors arrivaient à l’embarcadère du chemin de fer de Lyon.

La princesse prit un fiacre, chargea sa dot sur la voiture, et dit au cocher :

-A la course… au palais !

Mais ce n’était plus ça du tout…

Du tout, du tout… du tout !

Philippe avait réfléchi ; il s’était coiffé d’une petite danseuse des Bouffes-Parisiens, et quand la princesse de Sicile arriva, il lui dit :

-Avez-vous pris un aller et retour ?

-Non, sire… puisque je viens pour rester.

-Oh !... c’est une grave erreur… Je ne suis pas décidé… Je ne me marie pas… pour le moment. Faites-moi le plaisir de vous en retourner d’où vous venez.

Quelques historiens prétendent qu’il ajouta :

-Quant aux trésors que vous apportiez pour dot, je les garde,… afin que vous n’ayez pas d’excédent de bagages en vous en allant.

Ce dernier fait est-il vrai ?... Nous nous contenterons qu’il puisse l’être.

Arrivée à la gare de Lyon de la princesse de Sicile fiancée à philippe Ier premier

Sur ces entrefaites, une princesse, nommée Bertrade, qui était mariée contre son gré à Foulques, comte d’Anjou, apprenant que Philippe était à placer, écrivit en secret à monsieur de Foy le billet suivant :

Plus...

Wikipédia

Forum Passion-Histoire

« Monsieur,

« Ce qui frappe les yeux,… c’est que je ne demanderais pas mieux de lâcher monsieur de Foulques, qui a la goutte et une tumeur au côté, pour convoler avec Philippe, qui n’a pas de tumeur et qui a une couronne.

Tâchez d’arranger ça,… et toute à vous.

Bertrade »

Comment monsieur de Foy arrangea-t-il ça ?... C’est ce qu’on saura qu’après sa mort, en épluchant ses livres.

visite du roi de france philippe premier chez le comte de foulques en anjouMais ce qui est certain, c’est que Philippe Ier prit sa canne et son chapeau, et s’en alla faire au comte de Foulques, dans sa province d’Anjou, une visite de politesse et d’amitié.

Le comte d’Anjou, qui y allait de franc jeu, reçut le roi à bras ouverts.

Il lui donna la chambre bleue, au premier, mit en perce un tonneau de l’année de la comète, fit refaire les matelas à son intention, tua un cochon, mit une nappe propre, etc., etc. ; enfin, se mit en quatre pour fêter dignement son royal hôte.

le comte de foulques et d'anjou disant à bertrade sa femme à propos du roi de franceOn prétend même que le soir, il disait à Bertrade, sa femme :

-Je te trouve bien froide avec Philippe… ; tu lui passes toujours le fromage d’un air désagréable.

Un beau matin, le comte d’Anjou alla frapper à la porte du roi, pour le convier à une pêche aux écrevisses. Philippe ne répondit pas.

Inquiet, le comte d’Anjou entre.

Personne…

Et sur la table de nuit, le billet suivant :

« Mon cher Foulques,

Depuis huit jours, vous me fêtez et m’hébergez, que c’est comme un bouquet de fleurs !...

Je vous devais une compensation…

Je pars et vous enlève votre femme.

Vous remarquerez que je n’ai pas emporté la pendule, et que, pendant mon séjour chez vous, je n’ai frotté aucune allumette sur le papier de la chambre bleue.

Votre tout dévoué,

Philippe

Le comte d’Anjou, atterré, avala le contenu d’un flacon de rhum, et courut à la chambre de sa femme…

Vide !... et second billet, collé sur la glace avec quatre pains à cacheter :

la lettre de bertrade à son mari le comte de foulques sur son départ avec philippe Ier« Pauvre cher homme,

Quoique les apparences soient contre moi, je suis pure !... L’infâme m’enlève de force !... A peine ai-je le temps de te dire que les clefs du buffet et de l’armoire à linge sont dans la poche de ma robe verte.

Ta pâte de Regnault est sur la cheminée.

A toi !...

Bertrade. »

Agence des trains de plaisir pour la palestineC’est sous le règne de Philippe Ier que prit naissance, chez les Français, la toquade des trains de plaisir pour la Palestine, connus sous le nom de Croisades.

Voyant l’importance que les chrétiens attachaient à visiter les lieux saints qu’ils occupaient, les mahométans et les turcs s’étaient tenu ce langage :

-C’est très couru ; triplons le prix des places.

Et là-dessus ils s’étaient mis à rançonner les voyageurs et les visiteurs de la Palestine avec un véritable aplomb de pharmacien ou de restaurateur de banlieue.

Un gentilhomme picard, nommé Pierre l’Ermite, se dit un beau matin :

-Mes petits pères, puisque vous abusez du monopole, sachant très bien qu’il nous est presque impossible d’aller visiter Jérusalem en Irlande, nous allons voir à faire baisser votre tarif…

Il loua le Great-Eastern, créa une immense société, sous le nom de

Compagnie de la Bouillie de Turcs

Et un jour, Jérusalem, en se réveillant, vit flotter sur le toit de son hôtel de ville… le drapeau tricolore !

godefroy de bouillon en armureOn raconte que cette expédition réunit au moins cinq millions de Français, et que le roi Philippe ne vit pas cette dépopulation d’un mauvais œil, ayant remarqué que les Croisades débarrassaient ses Etats d’une quantité immense de gens dangereux, tels que photographes, clarinettistes, professeurs de danses et fabricants de revues pour les petits théâtres.

Les plus formidables soupes que les Croisés trempèrent aux mahométans, le furent par un seigneur du nom de Godefroy.

On l’en récompensa en l’appelant Godefroy de Bouillon.

les premières armoiriesDe cette époque date aussi l’usage des armoiries.

Tous ceux qui revenaient de la Palestine s’en payaient une tranche.

On faisait broder sur ses vêtements des petites machines, rappelant les actions héroïques que l’on… aurait pu accomplir.

Celui qui avait fait dérailler une locomotive ennemie, se faisait dessiner un petit tender sur son blason.

Celui qui avait pris un canon, portait sur ses armes le chapeau d’un artilleur.

Et ceux qui n’avaient rien fait du tout, achetaient des armoiries d’occasion aux ventes du Mont-de-Piété.

Philippe Ier, nous l’avons déjà dit, était très paresseux ; il mourut dans sa soixantième année, de la contrariété qu’il éprouva un matin d’être obligé de sortir de son lit une demi-heure plus tôt que d’habitude, parce que l’on venait refaire ses matelas.