Philippe II, fils unique de Louis VII, son père, probablement, naquit le 22 août 1165.
Si jamais un homme eut le droit d’être épaté, en se voyant venir au monde, ce fut lui ; car, lorsqu’il vit le jour, il y avait vingt-huit ans que son père était marié sans avoir eu d’enfants.
On prétend qu’à ce moment son premier cri fut :
-Eh bien !... dis donc, p’pa… à quoi penses-tu donc ?...
A quatorze ans, Philippe II fut couronné, du vivant de son père.
Quatorze ans !... c’est la belle âge… pour jouer au bâtonnet.
Louis VII, en commandant au chapelier la couronne de son fils, lui enjoignit de la tenir un peu large, et de fourrer des numéros de l’Officiel dans la coiffe, sa tête devant grossir.
Aussitôt que Philippe II se sentit un morceau de zinc doré sur la tête, il se mit à faire une vie des cinq cents diables, et retourna tout dans la maison.
Après la mort de son père, il se maria, sans le consentement de sa mère, qui, vexée du procédé, se retira dans un de ses châteaux.
Notre qualité d’historien nous fait un devoir de faire remarquer qu’on peut se payer le luxe de se montrer susceptible, lorsqu’on n’a qu’à choisir, dans des châteaux, celui où l’on désire aller faire la moue.
Philippe II inaugura son règne par quelques mesures bien senties.
D’abord il lança un édit contre les juifs.
Par cet édit, les juifs étaient expulsés du royaume, leurs bien confisqués, et leur débiteurs libérés, à la charge de verser au trésor un cinquième de leur obligations.
Nous espérons que le fini de cette combinaison financière n’échappera pas à nos lecteurs.
C’est en effet, un trait admirable de génie…
Il ne manquait plus à Philippe II, pour être complet, que de passer en Belgique.
Voyez un peu :
Ces voleurs de juifs ne sont point aimés de la nation ; je les chasse ; la nation crie bravo… Je retiens leurs biens pour les frais du culte, et je libère leurs débiteurs, moyennant un dividende de vingt pour cent,… qu’ils le payeront, à moi !
Tout le monde est content, jusqu’aux débiteurs qui gagnent 80 pour cent…
Les juifs, eux, ne sont peut-être pas dans l’enthousiasme… Mais bah ! des gens qui n’ont pas la moindre conscience !...
Ah ! Décidément, nos ancêtres avaient du bon ; et, s’il m’est permis de placer une observation qui m’est toute personnelle, la voici :
Je dois à mon propriétaire 1100 francs, à mon tailleur 600, à mon bottier 300 ; total 2000 francs.
Eh bien ! je supplie le gouvernement de renouveler l’édit contre les juifs, en faveur des propriétaires, des tailleurs et des bottiers de l’empire.
Qu’on les envoie tous à Cayenne, et qu’on me donne quittance.
La justice avant tout !
Si quelques-uns de nos lecteurs, un peu bégueules, n’ont pas trouvé très délicat le procédé dont usa Philippe II envers les juifs, hâtons-nous de leur dire que ce roi, qu’on a surnommé Auguste, répara plus tard cette action.
Pénétré de repentir de son injustice envers cette caste, et ayant besoin d’argent, il lui permit de rentrer en France,… moyennant le payement de sommes énormes.
Qu’il est beau de voir un monarque pleurer sur ses erreurs… et se faire 3000 livres de rente avec ses remords !...
Philippe II entreprit une nouvelle croisade, en compte à demi avec Richard Coeur-de-Lion (musique de Grétry), roi d’Angleterre.
En partant, les deux monarques se jurèrent, sur le plumet de leur schako, bonne foi et amour, en vertu duquel engagement ils ne firent que se chipoter pendant une trentaine d’années.
Tout compte fait, le règne de Philippe II ne fut pas stérile ; il augmenta la France de plusieurs provinces, entre autres la Normandie, la Touraine, l’Anjou et la Bretagne.
Il encouragea la littérature, surtout les romans de chevalerie, sachant très bien que ces ouvrages n’avaient pas le sens commun, mais qu’ils amusaient les cuisinières.
Philippe mourut à Mantes, à 58 ans, au moment où il préparait un plan pour confisquer de nouveau les biens des juifs et les leur revendre quinze jours après.
Il excellait dans ce genre d’opérations.
Quel homme cela aurait fait pour arranger les faillites !...