Louis XII

Portrait de Louis XIILouis XII avait eu, pendant sa jeunesse, quelques velléités de suivre les traces de son prédécesseur Charles VIII, en consacrant la plus grande partie de son temps à courir les bastringues. Cependant il se ravisa assez tôt, et lorsque Charles VIII mourut, il se trouva en état de prendre la suite de la maison.

Comme il avait eu beaucoup d'ennemis, étant duc d'Orléans, ses courtisans lui conseillaient de profiter de sa nouvelle position pour les ennuyer.

Il répondit simplement:

le roi de France ne venge pas les injures du duc d'Orléans.

Louis XII aimait Anne de BretagneCette réponse est sublime; mais on se trouve saisi d'un grand froid dans le dos, lorsqu'in réfléchit aux procédés employés par l'histoire pour retaper les mots des grands hommes.

Quand on se remet en mémoire la façon dont on a cru devoir arranger la réponse de Cambronne, on arrive fatalement à se demander si Louis XII n'a pas répondu tout simplement à ses courtisans:

Zut!j'ai bien autre chose à faire!...

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Contrairement à son prédécesseur Charles VIII, qui avait pendu la crémaillère de son règne en se mariant, Louis XII inaugura le sien en divorçant avec Jeanne de France, fille de Louis XI, qu'on lui avait fait épouser, contre son gré, une vingtaine d'années auparavant.

Sur quoi Louis XII basa-t-il sa demande en séparation ?

Probablement on a vécu vingt ans ensemble, il est assez scabreux de venir dire au tribunal:

Je ne pourrai jamais me faire au tempérament de ma femme.

Bref, le pape Alexandre VI autorisa le divorce, et Louis XII épousa immédiatement Anne de Bretagne pour laquelle il se consumait d'amour depuis une pareille période de vingt années.

Quelle époque de constance à aiguille!...

Les amoureux tournaient tranquillement leurs pouces pendant vingt ans, en attendant le moment propice!...

Ah! c'est pour le coup que nous avons baissé...

Quand on pense que, de nos jours, un petit voyage de six semaines dérange tant de choses!

Tel un chien dans un jeu de quillesLouis XII fit plusieurs expéditions en Italie; il obtint même quelques succès dans le Milanais et le royaume de Naples; mais, comme ses prédécesseurs, il fut obligé de revenir bientôt à sa soupe aux choux, reconnaissant à son tour la vérité de ce principe, qu'il est plus facile d'entrer dix fois quelque part, où l'on ne veut pas de vous, que d'y rester une.

En effet, rien n'est indigeste comme la cuisine d'un voisin, quand on veut la manger sans son invitation.

A part ces petits déboires, Louis XII mit tous ses soins à assurer le bonheur de son peuple.

Il diminua les impôts le plus qu'il put, et s'occupa d'organiser la magistrature.

Il réduisit les frais de procédure, réforme à laquelle nous devons que, de nos jours, un huissier ne peut guère faire plus de deux cents francs de frais à un débiteur pour le payement d'un effet de cinquante francs.<:p>

Louis XII régla aussi la durée des procés et le nombre des instances.

Il fit bien, car sans cela nous verrions encore les affaires litigieuses se léguer de père en fils, en même temps que l'armoire au linge de la famille, et ne se terminer qu'après avoir épuisé sept ou huit juridictions, qui n'ont pas de plus grand bonheur que de décider en sens inverse les questions qui leur sont soumises.

Louis XII était pris pour un pingreAu moment où nous mettons sous presse, quelqu'un vient obligeamment nous prévenir que cela se passe encore ainsi aujourd'hui, et l'on nous cite même quelques exemples à l'appui.

Nous répondons tout simplement que c'est impossible,et qu'on doit se tromper, puisque Louis XII a supprimé cet abus.

Ce roi , nous l'avons dit, levait le moins possible d'impôts sur ses sujets, et conséquemment faisait peu de cadeaux à ses courtisans.

Ceux-ci ne trouvaient pas toujours le procédé de leur goût, et quelques-uns allèrent même jusqu'à le railler de son avarice dans les vaudevilles qu'ils faisaient jouer en payant sur de petits théâtres.

Louis XII dit à ce sujet:

J'aime mieux faire rire mes courtisans de mon avarice, que de faire pleurer mon peuple de mes profusions.

Louis XII est trop vieux pour MarieEncore une belle phrase.

Mais, hélas!...

Les phrases des rois et les photographies, il y en a si peu sans retouches!...

Comme on le pressait de punir les comédiens:

Non, répondit-il, laissez-les faire... ils peuvent nous apprendre des vérités utiles.

C'était encore très bien dit.

Louis XII va au bal avec Marie d'AngleterreMais, depuis le temps où les monarques avaient le bon esprit de poser eux-mêmes pour leur caricature, il a passé bien des noyés sous le pont au Change.

Aujourd'hui, les vérités utiles que peuvent débiter les comédiens et l'invention du crayon rouge se font quelquefois une drôle de mine!...

Veuf à cinquante-trois ans, Louis XII épousa, en troisièmes noces, la jeune et belle princesse anglaise Marie.

Ce ne fut pas là sa meilleure inspiration.

Sa jeune femme aimait les fêtes et les plaisirs; il voulut lui prouver qu'il était encore vert, probablement dans la crainte de devenir jaune, et il réforma complétement son genre d'existence pour le mettre au diapason normal de celui de sa femme.

La réforme d'un diapason peut être sans inconvénient, lorsqu'il ne s'agit que de le hausser ou de le baisser de 0,611e de vibration, ce qui explique, du reste, que l'Europe n'ai pas été bouleversée par l'opération qu'on a fait subir à cet outil il y a quelques années.

Louis XII fat du vélocipède

Portrait d'Anne de BretagneMais, entre le diapason de Louis XII et celui de la jeune reine, il y avait nombre de vibrations, c'est à dire pas mal d'années, et il fallait que l'un des deux cessât fatalement de donner le la. Ce fut celui de Louis XII.

Obligé de faire huit repas par jour, parce que la reine Marie avait un appétit d'enfer; forcé de se coucher tous les jours à une heure du matin, pour conduire Madame au bal; entraîné encore à beaucoup d'autres concessions, pour faire oublier sa patte d'oie et ses mèches argentées, Louis XII ne put résister à cette gymnastique, et fut, au bout de six semaines de ce régime, attaqué d'une dyssenterie, qui l'enleva le 1er janvier 1515, avant qu'il pût donner des étrennes à son concierge.

Nous nous sommes, à dessein, appesanti sur les effets produits sur un roi de cinquante-trois ans par une compagne de dix-huit, afin d'indiquer aux vieux célibataires qui nous liront un moyen de suicide qui, pour n'être pas tout à fait aussi prompt que l'arsenic, n'en est pas moins sûr.

Louis XII aimait les sciences et faisait parfaitement des calembours en petit comité, lorsqu'il était certain de ne pas être entendu par Anne de Bretagne, sa seconde femme, dont il redoutait la rigidité.