A la mort de Louis VIII, son père, Louis IX n’avait que onze ans.
A qui allait appartenir la régence ?
La nation se posa cette question ; mais Blanche de Castille, mère de Louis IX, ne se la posa pas un seul instant.
-C’est moi ! S’écria-t-elle, c’est moi que j’suis la reine !... la reine !... la reine ! (S’entendre avec le directeur de l’Alcazar pour avoir la musique)
Elle s’assit carrément sur le trône, et comme elle était très belle, elle désarma tous ses ennemis par ses grâces et sa beauté.
Ceux qui voulurent résister à ses charmes, elle leur flanqua une dégelée.
Lorsque les mutins virent que de toutes façons ils étaient vaincus, ils enveloppèrent leur valeur dans un étui à clarinette, et la serrèrent dans le bas de leur armoire, en attendant une meilleure occasion.
La grande chronique de France raconte même, à ce sujet, que le comte de Champagne, qui était venu pour combattre, s’écria, en la voyant, dans le charabia du temps :
-« Sur ma foy, madame !... mon cœur, mes pipes culottés et ma provision d’Aï et de Moët sont à votre commandement. Ne m’est rien qui vous pust plaire et chatouiller vos désirs, que je ne fisse volontiers, et jamais contre vous n’iray… »
Phrase qu’il est de notre devoir de traduire, à l’usage des tambours de la garde nationale, par ces quelques mots qui peignent la situation :
-« Madame !... J’ai juré à mes alliés de leur prêter mon appui pour vous combattre, et crac ! Voilà que je deviens toqué de vos bandeaux bouffants… Mon devoir serait d’immoler mon amour à la patrie !... Mais comme ça s’est déjà fait dans l’antiquité et que je ne veux pas être accusé de copier le civisme des Spartiates, je sacrifie tout bonnement mon pays à mon amour ; c’est plus neuf… et plus facile. »
Le comte de Champagne se fit donc tout dévoué à Blanche de Castille, qui eut le soin de tenir constamment à une température convenable la passion de son adorateur.
(25 degrés 8/10 au-dessus de zéro= Vers à soie et conservation de l’espoir)
Oh ! Les femmes !... Et Michelet leur élève des temples !...
Louis IX était beau, grand, bien fait et très sage ; enfin ce que l’on appelle dans l’ébénisterie un bon sujet. Lorsqu’il eut atteint sa dix-neuvième année, Blanche de Castille, sa mère, l’examina furtivement un matin, pendant qu’il était en train de faire sa raie, et se dit, après un moment de réflexion :
-Je vais le marier, ce moutard-là…
Elle fit venir à la cour une jeune et jolie princesse, Marguerite de Provence, âgée de quatorze ans ; (le compositeur est instamment prié de ne pas mettre par erreur qautre ans ;) et la présenta à son fils.
Il baissa les yeux, tourna ses pouces, et répondit avec candeur :
-Oui m’man…
On dit que ce mariage eut quelques-uns des mystères d’une union secrète. Cet amour, d’après Lacretelle, de l’Académie française, aucun des deux jeunes époux n’osaient le proclamer ; et ils ne pouvaient se voir que lorsque la régente leur en accordait la permission…
Etait-elle verbale, ou bien représentée par des petits cartons illustrés, que la reine remettait , sous forme de contre-marque, à son fils, quand il avait été assez sage à table ?
Ce n’est pas nettement établi.
Blanche de Castille donnait-elle d’elle-même cette autorisation, ou bien Louis IX devait-il aller, levant ses deux doigts, comme au collège, dire à sa mère :
-M’man !... m’permett’ d’aller voir Marguerite ?
C’est encore un point obscur.
A sa majorité, Louis IX prit possession de la signature sociale ; mais sa mère n’en continua pas moins à gérer la maison…
Ici, nous nous voyons obligé de passer la main, comme en toutes les circonstances du reste où la louange est seul permise, la louange n’étant pas notre spécialité.
La vie et le règne de Louis IX ne furent qu’une suite de belles actions, de dévouement, de courage et de résignation.
Où il n’y a rien, le diable perd ses droits.
Passons…
On ne peut pas nous forcer à trouver des varices sur une jambe de bois.
Louis IX s’occupa activement de la justice.
Il supprima les combats judiciaires, si célèbres avant cette époque, et en vertu desquels un débiteur prouvait qu’il ne devait rien, quand il tuait son créancier.
Il défendit le duel, ce que ne lui pardonnèrent jamais les journalistes. Il abolit, autant qu’il était en son pouvoir, les supplices qui étaient en grande faveur. Sans doute il ne put les détruire tous, parce que leur usage était passé dans les mœurs ; mais enfin il fit son possible. L’Odéon est un de ceux qui lui résistèrent.
Quoique Louis IX fût d’une piété exemplaire, il ne resta pas toujours d’accord avec Rome, qui, à cette époque, n’était point encore arrivée à ce degré de mansuétude et de tolérance tant admiré aujourd’hui.
Les évêques et même de simples curés lançaient souvent sur leur diocèses et leurs ouailles des foudres rayés et à aiguille, qui remplissaient les peuples d’une sainte et lucrative terreur.
Louis IX qui aimait son peuple, lui enseigna à ne pas prendre trop au sérieux ces machinettes-là.
Ce monarque avait une petite manie : c’était de s’asseoir sous un chêne, au bois de Vincennes, pour rendre la justice à son peuple.
-Pourquoi pas au bois de Boulogne, près du lac ?
Sans doute parce que la justice est incompatible avec les cascades.
-Et pourquoi sous un chêne ?
Probablement, suivant Anquetil, pour être sûr de ne point se rendre d’arrêts sans glands.
Mais quittons ce ton sérieux…
Louis IX céda, lui aussi, au goût du moment, qui était la Croisadomanie.
Il organisa deux expéditions en Palestine. La première ne lui réussit pas trop mal ; mais la seconde fut ce qu’on appelle une veste. Il y gagna, en même temps que beaucoup de gloire qui le rendit immortel, un fort dérangement de corps qui produisit sur lui l’effet opposé. L’histoire n’a que des louanges à prodiguer à ce souverain honnête et convaincu, qui n’eut d’autre faiblesse que de sacrifier une trop forte partie de son bonheur conjugal aux ridicules exigences, entachées d’un filet de jalousie, de Blanche de Castille, sa mère.
Cette mère, par trop tendre, était d’une surveillance gênante pour les deux époux.
Louis IX mourut à cinquante-six ans, laissant, en dépit des précautions de sa mère, un fils qui lui succéda.