Jean, fils de Philippe de Valois, fut surnommé le Bon, probablement parce que son premier soin, en montant sur le trône, fut de faire couper la tête au comte d'Eu, connétable de France, pour pouvoir donner sa place à un de ses amis de collège, dit La Cerda.
Le règne de Jean le Bon ne fut qu'une immense veste pour la France.
Famine, guerres, embarras financiers, tous les fléaux assaillirent notre pauvre pays.
Il ne manqua à cette déplorable série que les cafés-concerts.
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Jean passa une bonne partie de son règne prisonnier des Anglais, laissant dans les mains du dauphin Charles, son fils, la queue de la poêle de l'Etat.
Malheureusement, le fils, pas plus que le père, ne s'entendait à retourner les crêpes; il en flanqua les trois quarts dans le feu, et laissa brûler le reste.
Un beau matin, Jean le Bon, s'ennuyant de sa captivité, signa un traité avec les Anglais pour son rachat. Il leur donnait, comme rançon, une bonne moitié de la France. Modeste comme une violette, et surtout bien bon prince, cet homme, qui estimait que sa liberté à lui compensait l'asservissement de tout un peuple!...
Après quelques difficultés, Jean le Bon rentra en France; mais ce n'était pas tout; il fallait trouver de l'argent pour payer sa rançon. Il établit des impôts de toutes sortes. Il n'y a rien comme les impôts pour procurer de l'argent; mais encore faut-il qu'on les paye. Et c'est ce que le pays oublia de faire.
Ce que voyant, Jean le Bon eut une idée sublime de désintéressement.
Ses prédécesseurs avaient banni du royaume tous les juifs. Il voulut réparer cette injustice, et leur permit de rentrer en France... à raison de douze florins d'or par tête, plus un impôt annuel pendant leur séjour.
Comme indemnité, il leur permit l'usure, en limitant toutefois le taux de l'intérêt à huit pour cent.
Ah!... à propos, nous négligeons un détail:
A huit pour cent... par semaine.
Jean le Bon eut une idée de croisade; il alla trouver le pape et lui fit part de son projet...
-Vous avez raison, mon fils, lui dit celui-ci; quand comptez-vous partir ?
-Dans deux ans, répondit Jean.
-A votre empressement, reprit le pape, je croyais que vous pensiez vous mettre en route après-demain.
-Mais, mon père, il me faut bien le temps de me faire faire un étui à chapeau.
Le voyage en palestine n'eut pas lieu, comme on pense. Il n'est rien de tel que de réfléchir longtemps avant de s'exposer à un danger... et surtout de finir par y renoncer.
Jean le Bon, trouvant enfin le sceptre trop lourd et ses appointements trop léger, pris la résolution de retourner se constituer prisonnier en Angleterre.
Là-bas, il était fêté, choyé, dorloté et parfaitement débarassé du tracas des affaires. On perle même d'une certaine comtesse de Salisbury, qui n'avait dit-on rien à lui refuser,... sauf toutefois ce qu'elle accordait au roi d'Angleterre.
On ne saurait vraiment trop appeler l'attention des lecteurs sur la conduite noble et valeureuse de ce monarque qui, se trouvant placé à la tête d'une nation éprouvée un instant par les fléaux et les revers, trouve son pays rasant, et, dédaignant de lui prêter l'appui de son bras, préfère aller se chauffer les pieds chez ses ennemis, en se faisant entretenir grassement par eux de pain, de pale ale, de rosbif et... d'amours.
Jean le Bon mourut à Londres à l'âge de 45 ans, et son corps fut ramené en France. Il fallut cette circonstance sans doute pour qu'il se décidât à rentrer dans sa patrie.
Ce prince eût peut-être été un homme remarquable... dans la fumisterie. C'était un déclassé. C'est à lui que l'on attribue cette phrase célèbre:
Si la bonne foi et la justice étaient bannies du coeur de l'homme, elles devraient se retrouver dans celui des rois. Mais tout porte à croire qu'après avoir écrit cette belle maxime, si toutefois elle est bien de lui, ce prince aura ajouté en aparté:
Des nèfles!...