ugues Capet n’avait, de par les liens du sang, aucune espèce de droit à la couronne. Il tint très peu compte de cette considération, et fit appel au suffrage universel… d’une quarantaine de seigneurs, qu’il laissa parfaitement libres de décider la question, en ne leur imposant que la simple condition de la résoudre en sa faveur.
Quelques historiens ont même prétendu qu’il avait fait environner l’assemblée de trois régiments de turcos, armés de fusils à aiguille, pour mieux persuader les votants de la légitimité de sa cause.
Il faut toujours prendre les gens par la douceur.
Le premier soin d’Hugues Capet fut de se faire couronner, avec son fils Robert, par l’archevêque de Reims.
Voici comme cela se passait :
L’archevêque présentait le roi aux grands et au peuple, réunis dans l’église, quand elle était assez grande…
Vultis hunc regem ? leur demandait-il en allemand, c'est-à-dire : le voulez-vous pour votre roi ?
Le peuple se disait : on ne comprend pas ce que cela veut dire, mais ce doit être bien beau !...
Alors la claque répondait, toujours en allemand :
Laudamus, volumus, fiat ! Soit, nous le voulons ; il nous plaît ; qu’il soit notre roi !
Et ils s’en allaient toucher chacun leur cinquante-cinq sous, plus un cervelas de cheval à l’ail pour les chefs d’attaque.
Le peuple, alors, qui ne voulait pas avoir l’air de ne pas comprendre, criait comme un aveugle :
L’eau d’anus vaut l’humus !...
Et ça y était.
Les premiers temps furent un peu durs pour Hugues Capet. Quelques seigneurs faisaient des façons pour lui obéir, à cause de sa souveraineté de fraîche date.
Un certain Audibert, entre autres, se permit de dire un jour à son monarque :
-Ah ça !... vous m’embêtez !
-Gredin !... lui dit Hugues, qui donc t’a fait comte ?
Audibert lui répondit, en reniflant :
-De quoi ?... Eh bien ! Et toi ?... qui t’a fait roi ?... Il n’y a rien de tel que de se faire respecter.
Hugues gouverna avec une grande prudence, et eut le bon esprit de laisser ses seigneurs se disputer et se battre entre eux.
Pendant ce temps-là, disait-il, ils ne fourrent pas le nez dans mon garde-manger.
Il était politique par tempérament, mais brave quand il le fallait.
Il ne fit étrangler que fort peu de monde, quoiqu’il fût Hugues, et mourut à cinquante-cinq ans, de la peur qu’il avait de ne point vivre jusqu’à soixante.