Huitième Roi Fainéant
Pour des raisons à lui connues, Charles-Martel, le maire du palais, ne jugea pas à propos de placer sur le trône le petit Thierry, de Chelles, bien que la succession de son père parût lui revenir de droit.
Charles-Martel donna pour raison au peuple que le petit n’était pas encore suffisamment propre et s’oublierait sur le velours du trône.
Le peuple, qui était un gros futé à cette époque-là, avala parfaitement la pilule sans faire de barricades ; et Chilpéric II, fils de Childéric II, troisième roi fainéant, fut tiré d’une armoire de monastère, dans laquelle on l’avait serré, pour cause d’utilité publique, à la mort de son père.
On s’assura que pendant son séjour dans l’armoire, les vers ne s’étaient pas mis à ce monarque en conserve. Après lui avoir donné un bon coup de plumeau, on le planta autant d’aplomb que possible sur le trône, en lui maintenant la tête, qui avait pris un faux pli, au moyen de ficelles adroitement dissimulées dans une draperie.
Chilpéric resta dans cette position, sans se plaindre, tout le temps que dura son règne.
Pendant ce temps, Charles-Martel, maire du palais, fouillait dans les meubles de la patrie avec un sang-froid superbe.
Chilpéric II mourut à Noyon, d’une indigestion de pain d’épices, ne laissant qu’un enfant.
Les opinions des historiens, sur la valeur de ce monarque, diffèrent essentiellement.
Velly prétend qu’il ne doit pas être mis au nombre des rois fainéants, puisqu’il était dans l’impossibilité de travailler, dormant régulièrement vingt-trois heures par jour.
Mézerai le traite tout simplement d’imbécile.