Charles VIII



Charles VIII donne le congé aux BeaujeuCharles VIII, fils de Louis XI, monta sur le trône à l'âge de treize ans. C'était peut-être un peu jeune, mais il y avait une compensation: c'est que ce prince, ayant été tenu dans un état complet d'ignorance par son père, et ne sachant seulement épeler ba-be-bi-bo-bu, le pays pouvait être à peu près assuré qu'il ne s'était pas faussé le jugement par la lecture des romans de Ponson du Terrail.

pendant une huitaine d'années, Charles VIII ne s'occupa pas pas plus de gouverner la France que s'il eût été marchand de contre-marques dans une tribu sauvage de la Nouvelle-Zélande.

le sire et la dame de Beaujeu se chargeaient de tout, depuis la perception des impôts jusqu'au raccommodage de son linge.

Enfin, en 1491, il se dit un matin:

Tiens, mais... c'est moi que je suis le roi, au fait!...

Et il donna ses huit jours au couple de Beaujeu.

Si la première action d'un monarque peut être considérée comme un pronostic, Charles VIII ne devait faire que des bêtises toute sa vie, car il ne se fut pas plus tôt emparé du pouvoir qu'il se maria.



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En commençant, il fit ce qu'on appelle une fin.

Non-sens énorme.

Il épousa Anne de Bretagne, qui était déjà mariée, mais par procuration, à Maximilien, roi des Romains.

On prétend que Maximilien tança vertement son fondé de pouvoir, pour avoir laissé s'accomplir ce mariage; mais le fondé de pouvoir lui répondit avec une certaine logique:

Vous m'aviez chargé de vos intérêts; j'ai donc dû agir pour vous, comme je l'eusse fait pour moi-même. Or, le but constant d'un mari étant de se débarrasser de sa femme, j'ai cru de mon devoir de laisser la vôtre vous planter là.

Maximilien fut d'autant mieux convaincu par ce raisonnement, qu'il n'avait protesté que pour la forme.

Cependant il jugea convenable d'avoir l'air de se mettre en colère.

Il menaça Charles VIII de lui casser les reins.

Charles VIII préféra transiger; c'était là que Maximilien l'attendait.

Il se fit rendre à l'amiable, par le roi, l'Artois et la Franche-Comté.

On raconte même que Maximilien, voyant Charles VIII si coulant et si disposé à lui rendre toutes sortes de choses, se serait dit, avec une certaine terreur:

Sapristi!... s'il allait vouloir me rendre ma femme aussi!... Ah! mais non, par exemple!

Charles VIII était laid et difforme, mais complétement idiot.

Sa toquade était d'être comparé à Charlemagne, dont on lui avait raconté les exploits.

Il organisait des joutes, des tournois et des combats, dont il aimait à être le héros.

Mais quand il s'agissait d'avoir la guerre avec l'Angleterre ou l'Espagne, il préférait payer ou donner ses provinces.

Il fondit ainsi, au creuset de sa poltronnerie, les conquêtes de son père, entre autres la Franche-Comté, l'Artois, le Roussillon et la Cerdagne.

Très brave dans les joutes, en luttant avec des lances en caoutchouc contre des courtisans bien élevés, il n'y avait plus personne au moment des taloches sérieuses.

Charles VIII en armureCe n'est pas Raynard qui a créé le type de Chabanais, c'est Charles VIII.

Une fois, pourtant, il alla faire la guerre au roi de Naples et obtint sur lui quelques succès; mais ils ne furent pas de longue durée.

Trop bien avec les Napolitaines, ses soldats ne purent s'accorder avec les Napolitains, et Charles VIII fut obliger de rentrer en France.

Ce sont toujours les femmes qui embrouillent les affaires.

De retour chez lui, Charles reprit ses occupations, qui consistaient spécialement à dormir toute la journée et à passer ses nuits à la Maison-d'Or.

Sa santé ne tarda pas à s'altérer...quoiqu'il bût beaucoup.

Charles VIII et sa maîtresseUn jour, il annonça à son peuple... et surtout à sa femme, qu'en vue d'une nouvelle expédition qu'il projetait, il allait faire un pèlerinage de quelques jours à Saint-Martin-de-Tours pour s'attirer les faveurs célestes.

Ce programme fut suivi à la lettre, à cette nuance près: le pèlerinage de trois jours dura quatre mois; le Saint-Martin-de-Tours était un petit boudoir capitonné en soie rose, et en fait de faveurs célestes, il se contenta de celles d'une dame d'honneur de la reine, qui était allée à Tours, son pays natal, pour y acheter des pruneaux.

Ce qui explique, du reste, ses moeurs un peu relâchées.

Nos lecteurs feront sans doute la réflexion que le procédé de Charles VIII est le pont aux ânes des combinaisons conjugales.

En effet, qu'un mari dise aujourd'hui à sa femme:

Bibiche!... désirant tenter, la semaine prochaine, à la bourse, une grosse opération sur les mines autrichiennes de Blanc d'Espagne, je vais faire brûler un cierge à Saint-Martin-de-Tours pour m'attirer les bénédictions du ciel.

Nul doute que la femme ne reponde:

Charles VIII et sa femme Anne de BretagneAh! tu sais, Polyte... on ne me la fait pas, celle-là... en fait de Tours, je ne crois qu'à celui que tu veux me jouer...

Mais, d'un autre côté, nos lecteurs voudront bien observer que Charles VIII montait ce coup à sa femme en 1496, et qu'à cette époque on n'avait pas encore ce qu'on appelle débiné le truc.

En 1497 on crut remarquer chez le roi un retour vers des idées saines et morales.

Faut-il le dire carrèment, au risque d'être accusé de brutalité?

Eh bien! c'est avec le plus profond regret que nous refusons absolument de nous laisser jobarder par ces espèces de conversions forcées.

Le quinzième siècle a pu couper dans le pont, suivant une expression du temps; c'est son affaire.

Mais nous, à qui le quinzième siècle n'a jamais fait aucune politesse, nous ne pouvons être obligés de prendre la suite de ses infirmités.

Charles VIII, usé et ruiné au physique et au moral, comme une paire de draps qui a fait ses quinze ans, n'a rien trouvé de mieux que de s'en aller toussoter ses dernières années dans son château d'Amboise; c'est ce qu'il y a de plus vrai dans l'affaire.

Il a enfilé, en titubant, le sentier de la vertu, le jour où le vice lui a dit:

Ah! mon pauvre vieux!... Quelle fichue mine!... Faut t'en aller!... Je ne loge pas les invalides...

Du repentir à ce degré là... tout le monde peut en avoir; seulement... la nuance, c'est que neuf cent quatre-vingt-dix-neuf repentants sur mille n'ont que l'hôpital pour château d'Ambois.

Charles VIII meurt en se heurtant violemment à un linteauCharles VIII mourut le 7 avril 1498, à la suite d'un coup qu'il s'était donné à la tête en voulant passer sous une voûte pour aller assister à une partie de paume, que ses courtisans jouaient dans les fossés du château d'Amboise.

La pierre de la voûte, qu'il avait heurtée avec son front, n'éprouva, de ce choc, qu'une légère avarie.

Comme on a pu le voir, le règne de Charles VIII fut à peu près aussi glorieux pour la France que si le trône eût été occupé, pendant quinze ans, par un des pensionnaires de la veuve Tussaud.

Il donna tous ses soins aux lettres... qu'il faisait écrire à ses maîtresses, et contribua à l'agrandissement du territoire... de ses voisins.

Une série de quatre monarques de ce calibre, et la France tenait à l'aise dans la place Dauphine.

Le plus grand éloge que l'on puisse faire à Charles VIII est de n'avoir pas laissé d'enfants.

Avec lui finit la première branche des Valois.

Ce à quoi nous ne voyons aucun inconvénient.

Pendant ce règne, Christophe Colomb, navigateur génois, découvrit l'Amérique, à laquelle on donna le nom d'un autre, pour le récompenser et l'encourager à chercher de nouveaux mondes.

Christophe Colomb découvre l'Amérique

Vasco de Gama, canotier portugais, doublale cap de Bonne-Epérance et trouva la route des Indes, où il fit la conquête d'une reine jaune, nommée Sélika, qu'il abandonna sans pitié, au moment où elle s'asphyxiait sous un saucissonnier à l'ail de la localité, appelé vulgairement mancenilier. (Voir, pour plus amples détails, l'Africaine, de MM. Scribe et Meyerbeer)