Charles IX, ainsi nommé parce qu'il s'appelait réellement Maximilien, succéda avec plaisir à son frère François II.
Tout jeune encore, ce prince avait donné les plus belles espérances; il réunissait toutes les qualités désirables et était d'une précocité rare.
On prétend même qu'à huit ans il avait rédigé un travail très complet ayant pour titre:
Les blasés de l'Amour
Conseils à mon oncle
Cette intelligence remarquable ne plongeait pas dans l'enchantement Catherine de Médicis, sa mère, qui, craignant de le voir échapper à sa domination, répétait sans cesse, comme le font du reste toutes les bonnes mères:
Dieu !... que j'aurais aimé un fils idiot !...
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Ne désespérant pas d'amener Charles IX à l'état désiré, elle lui donna pour précepteur un brave chenapan, nommé Gondi, qui, de fils de meunier, était devenu maréchal de France, en ramassant son bâton dans une ruelle d'alcôve.
On comprend qu'entre de pareilles maines le jeune roi ne tarda pas à passer avec succès son baccalauréat ès vices.
Cependant Charles IX ne perdait pas de vue qu'il était roi...
En vain Catherine essaya-t-elle de le détourner de se faire sacrer, en lui disant que cette cérémonie serait pour lui bien longue et bien ennuyeuse.
Il répondit à sa mère :
Tu es bien bonne, maman... mais je te vois venir...
Et il fut sacré.
Sous son règne, les querelles de religion devinrent d'une violence extrême, et, grâce à Catherine de Médicis, qui n'avait pas sa pareille pour distiller la mort aux rats et attiser les discordes, on se massacra, de part et d'autre, avec cet acharnement complet dont sont seuls capables les gens qui agissent au nom d'un "Dieu d'amour et de bonté."
Un jour, dans une de ces rixes, qu'il voulut apaiser par sa présence, parce qu'elle lui fendait l'âme, le roi reçut une pierre calviniste qui lui fendit la joue.
Depuis ce temps, il laissa croître sa barbe et sa haine, pour cacher et venger sa balafre.
A la même époque, les Anglais furent chassés du Havre, qu'ils occupaient on ne sait pas trop pourquoi.
En vain prétendirent-ils que le Havre était la limite naturelle de l'Irlande; ils se virent obligés d'en chercher une autre.
Cet aphorisme géographique n'obtint pas tout le succès que méritait son originalité.
Entre autres mesures de haute importance que prit Charles IX, on remarque la fixation du commencement de l'année au 1er janvier. Avant lui, l'année commençait à Pâques.
Ce changement décima la population, parce que bon nombre de gens, ayant contracté l'habitude de se mettre en coutil pour faire leur visites d'étrennes à Pâques, continuèrent à prendre leurs vêtements d'été le 1er janvier, et attrapèrent des fluxions de poitrine.
Charles IX eut trois passions dominantes:
La chasse;
Le cor;
Et Marie Touchet, fille d'un parfumeur d'Orléans.
Quand le temps était par trop mauvais, il faisait lâcher des lapins dans ses appartements, et courait après eux, en jouant faux sur sa trompe l'air du Roi Dagobert.
"Point contents n'estoient les voisins du dessous", dit Brantôme.
Il était généreux, mais donnait peu aux artistes et aux poëtes, quoiqu'il les aimât beaucoup. Parce que, disait-il, les poëtes sont comme les chevaux; il faut les nourrir et non les engraisser.
La comparaison n'était peut-être pas trop flatteuse pour les poëtes, ni pour les chevaux non plus, mais elle était empreinte d'un certain cacher philosophique.
L'idée qu'il faut laisser les poëtes sur leur faim afait son chemin.
Charles IX faisait des vers, assez réussis, assure-t-on; mais la chronique ne dit pas que, s'appliquant à lui-même sa théorie sur l'estomac des poëtes, il soupât de deux oeufs sur le plat, pour ne pas exposer sa muse à prendre du ventre.
Sa maîtresse, Marie Touchet, dont nous avons parlé, lui avait été présentée dans une chasse à courre.
Ce qui prouve que le proverbe: il ne faut pas courir deux lièvres à la fois ne s'applique pas aux biches.
Charles IX percevait de lourds impôts que Marie touchait.
Cependant la raison d'Etat exigeait que Charles IX se mariât.
Quand à lui, il n'en éprouvait nullement le besoin.
Mais on lui fit comprendre que rien ne vaut le pot-au-feu de la famille.
Alors il se rendit à ces sages avis, ét répondit:
Va pour la soupe et le boeuf!... seulement, j'irai manger des truffes en ville.
D'instinct, Charles IX devinait notre époque.
On le fiança par ambassade à Elisabeth d'Autriche...
Et on le maria par procuration.
Ce fut Gondi, le digne professeur du roi, qui fut chargé d'aller recevoir la main d'Elisabeth.
On raconte que Marie Touchet, en voyant le portrait de la future épouse de son amant, dit avec ironie:
L'Allemande ne me fait pas peur.
O éternelle vanité, immense présomption!... qui porte le musc à railler la violette.
Tu sens bon, semble dire l'âcre odeur au chaste parfum, moi je esens fort: à moi le monde!...
Charles IX alla au-devant de sa nouvelle épouse, et la reçut, à bras ouverts, disent les uns, à Mézières, soutiennent les autres.
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Catherine de Médicis avait ordonné, pour cette cérémonie, des préparatifs magnifiques; et les seigneurs allemands, qui accompagnaient la princesse Elisabeth, s'écrièrent, à la vue de tous les trésors à leurs yeux:
Tarteifle!... la pelle royaume!... la ziberpe royaume!... elle être inébuisable!...
Ces braves gens s'imaginaient sans doute, sur cet échantillon, que le moindre chiffonnier de France était du Jockey-Club et faisait son travail en habit noir, avec un crochet d'or monté sur palissandre.
Et ils ne se rendaient pas compte que la nation ne leur semblait inépuisable que parce qu'on l'avait épuisée.
Charles IX, lui, paraissait enchanté de son épouse, qu'il disait la plus belle, la plus vertueuse, la plus adorable du monde entier.
Il en était même tellement persuadé, qu'il passait ving-neuf jours par mois, surtout en février, auprès de Marie Touchet, sa maîtresse, pour ne pas abîmer sa femme.
Tout comme les cordonniers, qui ne mettent leur belle redingote que les jours de fête, afin de la ménager.
Ainsi que nous l'avons déjà dit, la chasse était une des plus grandes passions de Charles IX. Cette manie l'avait habitué à voir couler le sang, si bien qu'il n'avait pas de plus grand plaisir que d'abattre, sur son chemin, d'un seul coup de son couteau de chasse, la tête des chiens et des ânes qu'il rencontrait.
Cette toquade lui valut d'être refusé comme membre de la Société protectrice des animaux.
Ce roi tenait le milieu entre Pépin le Bref, son devancier, qui partageait un lion en deux avec son coupe-papier, et les garçons bouchers de l'abattoir du Roule.
Une des pages les plus importantes de ce roi-équarisseur fut le massacre des Huguenots, qu'il ordonna pendant la nuit de la Saint-Barthélemy.
De la fenêtre de sa chambre, dit-on, il exerçait son coup d'oeil, en arquebusant lui-même son peuple...
Action qui peut paraître un peu indélicate au premier abord, amis que l'on s'explique aisément, en réfléchissant que le tir national de Vincennes n'était pas encore installé, et qu'il fallait bien que Charles IX se fît la main, devant chasser les jours suivants.
Ainsi s'expliquent les écarts les plus condamnables des grands, lorsqu'on veut se donner la peine des les considérer sans passion, et en tenant compte des circonstances.
A la suite de la Saint-Barthélemy, un changement notable s'opéra dans le caractère de Charles IX.
Il devint malingre, réduisit les dépenses de sa maison, et diminua les impôts.
Sa santé altérée, par les remords, disent les uns, par ses conférences prolongées avec Marie Touchet, assurent les autres, et par l'abus qu'il fit du cor de chasse, affirment les derniers, ne lui permit plus de chasser dans les domaines de l'Etat.
Alors, pour ne point en perdre complétement l'habitude, il chassa tous ses ministres.
Bref, il mourut à vingt-quatre ans, et son corps fut transporté à Saint-Denis, accompagné par un cortége nombreux.
Une circonstance très édifiante se produisit à ses funérailles. Les seigneurs qui le conduisaient à sa dernière demeure s'étant pris de querelle dans la plaine Saint-Denis, à propos de l'ordre dans lequel ils devaient suivre le convoi, se dispersèrent, et le corps de Charles IX arriva à la cathédrale, suivi seulement de cinq gentilshommes.
On ne saurait trop admirer un tel sentiment des convenances de la part de gens allant à un enterrement.
Il ne leur manquait plus que de suivre le char funèbre en jouant au bilboquet ou en chantant la femme à barbe.
Ainsi se termina le règne glorieux de Charles IX, qui, entre autres travaux utiles à son peuple, laissa... un traité complet de la chasse royale, imprimé par Villeroi, en 1625.