De 562 à 628
Caribert, un des fils de Clotaire, - son père, - inaugura son règne en répudiant sa femme, sous prétexte qu’elle avait vieilli.
Pour compenser le vide que faisait dans son ménage l’absence d’une femme de quarante ans, il en prit deux de vingt.
O amour des mathématiques !...
Ces deux femmes étaient sœurs ; c’était un rude moyen de n’avoir qu’une belle-mère.
Elles se nommaient Maroflède et Marcovelde, deux noms poétiques, et étaient filles d’un simple ouvrier en albums photographiques.
Pas fier, le monarque !...
Marcovelde était religieuse ; Caribert ne s’arrêta pas à ce détail, au contraire ; mais saint Germain, évêque de Paris, à qui ce procédé ne convint pas, l’excommunia raide, ce qui ne fit pas plus d’effet sur Caribert, que si l’on fût venu lui annoncer que sa soupe était sur la table.
Cependant Marcovelde mourut, ce qui décida Caribert à se soumettre aux exhortations de l’évêque saint Germain.
Incorrigible dans ses goûts pour le conjungo en partie double et l’amour des jeunes filles ayant les mains sales, ce prince épousa au moment de mourir, la fille d’un gardeur de pourceaux, nommée Théodechisilde.
Encore un nom à se faire passer la main dans les cheveux !
Gontran et Chilpéric, frères de Caribert, ne le cédèrent en rien à ce dernier quant au penchant pour les filles sentant le graillon.
Ils eurent constamment plusieurs épouses à la fois et les prirent soigneusement dans les plus basses classes de leurs sujets.
Chilpéric en eut une qui s’appelait Audovère.
Il prit, après Audovère, une des suivantes de cette dernière, nommée Frédégonde.
Sigebert, le dernier frère de Caribert, le seul prince de la famille qui ne s’encanailla pas, avait épousé Brunehaut, fille d’Athanagilde (on ne fait plus de ces noms là), roi des Visigoths.
Sigebert fit honte à son frère Chilpéric de ses dérèglements, et le décida à demander en mariage Galsuinde, sœur de Brunehaut.
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-C’est une brave fille, lui dit-il, sage, économe, pas Benoitonne pour deux sous, jouant de l’accordéon, et ourlant très bien les serviettes ; tu seras très heureux avec elle, je ne te dis que ça…
Galsuinde vint.
Mais Frédégonde, qui avait du flair, la fit tout simplement étrangler dans son lit avec ses faux cheveux.
Frédégonde ne pardonna jamais à Brunehaut, sa belle-sœur, d’avoir tenté de lui couper l’herbe sous le pied, en proposant une autre femme à Chilpéric, son mari;- ce qui se comprend jusqu’à un certain point, attendu qu’en fait d’oreiller conjugal, ce n’est pas tout à fait la même chose que pour le chauffage au calorifère : quand il y en a pour un – ou une, - il n’y en a pas toujours pour dix.
Brunehaut, de son côté, ne put digérer que Frédégonde se fût permis de faire étrangler sa sœur Galsuinde, rancune toute naturelle, lorsqu’on se reporte à cet âge d’or, où l’on avait l’habitude de se défaire soi-même de ses proches parents, sans aller demander ni aide ni conseil à son voisin.
De là naquit la haine acharnée de ces deux princesses, qui eut par la suite de si terribles conséquences, et qui est resté comme un type de la série d’amabilités qui peut résulter d’une querelle entre deux êtres appartenant à ce sexe sensible, chétif et délicat, aux pieds duquel nous tombons comme des jobards, sous le prétexte que nous lui devons de nos mères.
Legouvé et Michelet… soyez bénis !
Caribert mourut, ne laissant que des filles d’un placement assez difficile, eu égard aux mœurs de sa famille ; les soupirants redoutant, - peut-être à juste titre – l’hérédité des goûts de la polygamie.
Après la mort de Caribert, ses frères se mirent en mesure de partager son héritage, et l’on vit revenir sur le tapis les dés pipés et les cartes biseautées.
Une fois que chacun eut sa part, il s’occupa incontinent de chercher le moyen d’y ajouter celles des autres.
Ils se battirent comme des chiffonniers, et Chilpéric, secondé par l’habilité de Frédégonde, son épouse, resta le maître du terrain.
Ah !… ils les respectaient, dans ce temps là, les traités de 1815 !…