Lothaire, avant de mourir, avait eu la précaution de faire couronner Louis, son fils, et de le marier à Blanche d’Aquitaine, quoiqu’il n’eût que dix-neuf ans.
Cette union ne fut pas précisément un modèle du genre.
La princesse Blanche était vive, romanesque, galante, et… brune, probablement.
Louis était mou, lymphatique, peu remuant, et… blond fadasse, sans aucun doute.
Blanche lui dit un matin, un matin notez bien :
Mon petit père, ça ne fait pas mon compte ; je te lâche ; je vais retrouver papa.
Elle partit.
On courut la chercher, on la supplia de revenir, on lui promit que son jeune époux secouerait son indifférence, qu’on lui ferait manger des viandes saignantes et des fortifiants…
Elle se décida et revint, en disant :
Eh bien !... on verra.
Cet on verra était plein de promesses.
Elle les tint, dit-on, en faisant empoisonner son mari, voyant que, malgré l’assurance qu’on lui avait donnée, il ne se faisait aucun changement dans sa conduite.
On a cruellement appliqué à cet infortuné monarque le surnom de Fainéant.
Il n’y avait pas de sa faute ; ça peut arriver à tout le monde.
Pour terminer le récit du règne de ce malheureux roi, nous avons six mots à tracer…
Ils sont amers, eu égard aux circonstances.
Le métier d’historien impose souvent de terribles devoirs, et l’annaliste doit quelquefois piétiner sur son cœur d’homme !
Nous aurions voulu éviter cette fatale obligation de fermer, par une formule traditionnelle, un des soixante-quinze tiroirs de la monarchie française.
Mais nous devons céder aux exigences de notre mission, et dire, les larmes dans la plume :
Louis le Fainéant mourut sans enfants.
Avec lui s’éteignit la seconde race, dite Race des Carlovingiens, qui donna à la France, pas fière pour deux sous du cadeau, quinze rois, dont quelques-uns commanditaires seulement, en 235 années.
Si l’on jette un coup d’œil rétrospectif sur la conduite des rois de la seconde race, comparée à celle des souverains de la première, on est forcé de reconnaître qu’il n’y a pas un immense progrès.
La seconde race nous a peut-être fourni un peu moins des Rois-chourineurs ; mais elle a donné un contingent respectable de bonshommes sans force, sans intelligence et sans initiative.
Si l’on ôte, de cette fournée, Pépin le Bref, qui avait un bon poignet, dont il se servait pour couper des lions en deux, et Charlemagne, qui s’amusait à faire des acrostiches à rimes douteuses, on ne voit guère à quels autres rois l’humanité peut décerner des médailles d’encouragement.
Enfin, cela va peut-être venir.
Nous allons déballer les Capétiens.